Aru: conflit de limite, conflit de pouvoir,crise environnementale, ces malaises qui rongent le groupement Auko (Anguyo Madhira président de CASBU)

Le Président de la Community of Aluru Students in Bunia (CASBU), Anguyo Madhira est sorti de son silence face aux crises qui règnent ce dernier temps dans le groupement des Auko un des groupements du territoire d’Aru en province de l’Ituri. Conflit de limite, de pouvoir et crise environnementale sont parmis les problèmes qui rongent cette entité administrative.

Conflit de limite avec le groupement Aupa

D’après notre source le groupement des Auko traverse une situation très grave et profondément inquiétante, marquée par une accumulation de crises qui déstabilisent toute l’entité.

« Il y a conflit de limites non résolu entre notre groupement des Auko (chefferie des Aluru, territoire d’Aru) et le groupement Aupa (chefferie des Alur Djuganda, territoire de Mahagi), notamment autour de l’espace Kilomoto Kerekere. Les villages de Wadaka et Paleyi du côté Aupa, et Rée, Oluma, Mavenzo du côté Auko revendiquent les mêmes terres » a-t-il indiqué.

« Il existe une tension latente et persistante entre les communautés des deux groupements, pourtant issues de deux territoires voisins, malgré une démarcation officielle établie depuis l’époque coloniale. Selon la cartographie administrative existante, Kilomoto Kerekere serait bel et bien du côté du territoire d’Aru. Malheureusement, aucune intervention claire des autorités n’est venue calmer les tensions. Ce silence prolongé crée un terrain fertile pour de futurs affrontements communautaires. Les autorités provinciales doivent prendre leurs responsabilités : cartographier, dialoguer avec les communautés et trancher en toute impartialité » a-t-il poursuivi.

Conflit de pouvoir qui bloque le développement

Il existe aussi le conflit de pouvoir coutumier. D’après lui depuis février, le groupement Auka est sans chef, soit plus de quatre mois et le processus de désignation d’un nouveau chef coutumier est bloqué par des rivalités internes, des manipulations politiques, et la position partisane de la Commission Consultative de Règlement des Conflits Coutumiers (C.C.R.C.C) de la chefferie, sans qu’aucune solution n’ait été trouvée à ce jour.

« Ce vide à la tête du groupement désorganise toute la vie locale : aucune autorité pour représenter la population, résoudre les litiges, défendre les intérêts communautaires, ni même dialoguer avec l’État. Le rôle de l’État d’être « église au milieu du village » a échoué. Il s’agit d’une crise grave de gouvernance locale qui, si elle n’est pas résolue rapidement, risque d’alimenter encore plus de divisions internes et de frustrations collectives » indique notre source.

Crise environnementale et les minerais

Il existe aussi, ajoute notre source,des menace environnementales causées par une société minière (KEROVE GOLD MINE) qui a agi avec une irresponsabilité totale, abandonnant des bassins dangereux remplis d’eaux stagnantes au milieu de la population.

« Cette société avait opéré dans notre groupement en partenariat avec la coopérative minière COMISA, effectuant des activités d’exploitation artisanale dans le village d’Ongo, vallée d’Amanga. Selon le protocole d’accord, notamment à son article 5, elle devait remblayer tous les trous d’exploitation avant le retrait de ses machines. Malheureusement, cela n’a jamais été fait. Aujourd’hui, des bassins d’eau stagnante, profonds et à ciel ouvert, restent abandonnés dans le village. Ce sont des pièges mortels pour les enfants, les animaux domestiques (notamment les vaches) et une menace environnementale grave. C’est une violation flagrante du contrat et un mépris total de la dignité humaine, dans l’indifférence des autorités environnementales et administratives compétentes du territoire d’Aru » a-t-il fait savoir.

D’autre part, une autre société chinoise exploite la rivière Aru au niveau de Aru chute. Celle-ci a donné, en dehors du contrat, une somme de 15 000 $ à titre de “pas de porte” aux autochtones.

« Malheureusement, selon nos informations, les autorités locales, y compris la société civile et la jeunesse de la chefferie, se sont accaparé plus de 95 % de ladite somme, alors que le groupement a plusieurs chantiers en construction : écoles, églises et autres priorités communautaires. Nous déplorons cette manière de gérer la chefferie, où les autorités ne se manifestent que lorsqu’il s’agit de l’argent des Chinois, et non pour répondre aux crises majeures » déplore t’il.

Recommandations face à cette situation

La CASBU donne les recommandations quant à cette situions aux autorités de l’Etat.

« Que les autorités compétentes du territoire d’Aru interviennent urgemment pour rétablir l’ordre coutumier dans le groupement des Auko, en respectant les us et coutumes, ainsi que la légitimité historique établie par l’ancêtre fondateur du pouvoir coutumier. La population connaît l’histoire de son groupement.
Que la province intervienne pour que le conflit de limites entre Aru et Mahagi soit traité en profondeur, avec l’implication d’experts cartographes et de toutes les parties prenantes, pour éviter un drame communautaire. Connaissant la souplesse de l’État de siège, nous avons foi.
Que la société KEROVE GOLD MINE soit tenue responsable et sommée de remblayer immédiatement les sites miniers dangereux laissés ouverts, conformément au protocole d’accord signé, même après la résiliation du contrat. Et surtout, que nos autorités locales de la chefferie fassent preuve d’humanisme et d’un réel souci du développement de l’entité. Et enfin, que la dignité et les droits de la population du groupement des Auko soient respectés : droit à un environnement sain, droit à la sécurité et droit à une gouvernance coutumière stable et fonctionnelle »
recommande t’il.

Appel à la mobilisation

« Pour clore, à nos frères et sœurs du groupement des Auko : notre silence nourrit l’injustice, mais dénoncer le silence des autorités compétentes prépare la justice.
Et aux autorités : gouverner, c’est garantir la dignité, la paix, la justice et le respect des droits de tous, y compris ceux du groupement des Auko »
chute notre source.

Rédaction

Laisser un commentaire